Alerte: Rupture d'approvisionnement de dimercaprol (antidote). Voir les recommandations.

Prise en charge des surdoses d'opioïdes

Contexte

On constate depuis plusieurs années une hausse marquée des décès directement attribuables aux opioïdes à l'échelle du pays, alors que plusieurs nouveaux opioïdes puissants sont offerts sur le marché noir, notamment le fentanyl et ses analogues. Ces opioïdes peuvent servir de substitut à l'héroïne et à la cocaïne, ou être ajoutés à ces dernières. Le carfentanil est un exemple d'analogue du fentanyl. Même les personnes qui consomment des opioïdes de façon régulière pourraient ne pas tolérer de tels opioïdes relativement puissants et souffrir de surdoses inattendues.

La consommation d'opioïdes est habituellement associée à une réduction de l'état de conscience, à une dépression respiratoire et à un myosis (contraction de la pupille). Une intoxication importante peut provoquer un arrêt respiratoire ainsi que des complications attribuables à l'hypoxie, notamment le coma et l'arrêt cardiaque.

Professionnels de la santé

La plupart des opioïdes pharmaceutiques, comme l’héroïne et le fentanyl, devraient répondre aux doses habituelles de naloxone. La réponse souhaitée consiste en un retour à une respiration adéquate, en une saturation en oxygène > 90 % et en une pCO2 < 45 mmHg. Il n’est pas nécessaire que le patient soit entièrement éveillé et alerte. Pour prévenir le syndrome de sevrage des opioïdes, les professionnels de la santé reçoivent habituellement l’instruction de commencer par une petite dose de naloxone, puis de l’augmenter lentement et progressivement. Bien qu’il soit désagréable, le sevrage des opioïdes ne met habituellement pas la vie en danger. Le CAO a publié des directives de réanimation en cas de surdose d'opioïdes en contexte préhospitalier et hospitalier. Consultez-les ici.

Grand public

Le traitement des surdoses d’opioïdes consiste en un traitement symptomatique et en l’administration de naloxone comme antidote. En Ontario, il est possible de se procurer de la naloxone sans ordonnance auprès des pharmaciens. La naloxone est offerte en trousse pour injection ou en vaporisateur intranasal; ces deux modes d'administration peuvent être utilisés pour venir en aide à une victime de surdose, selon la préférence de chacun. Le CAO a publié des directives à l'intention des secouristes. Consultez-les ici.


Mythes et réalités sur les opioïdes

La réalité :
Le fentanyl et ses analogues peuvent être absorbés par les muqueuses.
De nombreuses personnes sont décédées des suites d'une surdose après avoir consommé du fentanyl ou de ses analogues par voie intranasale. Dans la littérature médicale, on compte une seule mention d'un vétérinaire à qui on a dû administrer une dose d'antidote après qu'il s'est accidentellement aspergé l'œil de carfentanil.

Certaines données indiquent que le carfentanil est l'un des agents incapacitants qui ont été utilisés pour neutraliser le commando tchétchène à l'origine de la prise d'otage au théâtre Dubrovka en 2002. Lors de cette intervention, on aurait libéré dans le théâtre du carfentanil sous forme gazeuse, qui aurait été absorbé par voie pulmonaire. Les médias ont diffusé deux vidéos dans lesquels deux policiers présentent des symptômes après avoir inhalé du carfentanil.

Le fentanyl et ses analogues sont absorbés par le tube digestif.
Ces drogues sont souvent ajoutées comme contaminants aux pilules consommées par voie orale. Leur absorption dans le tractus gastro-intestinal peut être plus lente, mais les effets d'une surdose sont les mêmes.

Le carfentanil est assez puissant pour induire une sédation chez un éléphant. Il est donc essentiel de prendre des mesures de protection en tout temps en présence de cette substance.
Les vétérinaires qui pratiquent sur les gros animaux utilisent de puissants analogues du fentanyl pour induire une sédation ou une anesthésie. Lors de la manipulation de cette drogue, les mesures de précaution comprennent le port de gants, de manches longues et de protection oculaire. Lorsqu'il doit manipuler des colis suspects, le personnel des services frontaliers et de la poste adopte des mesures de protection similaires et procède à l'ouverture des colis sous une hotte..

Les laboratoires clandestins sont particulièrement dangereux.
Dans les laboratoires clandestins où sont fabriqués des opioïdes illégaux, le fentanyl ou ses analogues sous forme de poudre posent un risque d'inhalation. La Drug Enforcement Administration des États-Unis recommande aux personnes qui pénètrent dans de potentiels laboratoires clandestins ou installations de fabrication de comprimés de se protéger adéquatement en portant une combinaison contre les matières dangereuses. Il ne leur est PAS recommandé de tester les substances sur place, car plusieurs des analogues les plus récents ne sont PAS répertoriés dans les bases de données, ce qui pose un risque de faux positifs ou de résultats négatifs. Les policiers portent un masque lorsqu'ils effectuent le scellage double d'une preuve.

Les mythes :
La poudre de fentanyl et ses analogues sont toxiques au toucher.

L'idée selon laquelle le contact cutané avec le fentanyl ou ses analogues sous forme de poudre pourrait causer un empoisonnement a été diffusée dans la presse et même dans certaines publications du gouvernement. Il s'agit toutefois d'un mythe. L'exposition accidentelle par contact cutané n'est pas toxique. Toutefois, si la poudre demeure sur la peau (sur les mains, par exemple) et est ensuite portée à la bouche, elle pourrait alors être absorbée par les muqueuses.

Les secouristes peuvent mourir d'une surdose d'opioïdes en tentant de venir en aide à une victime.
Bien que le fentanyl ou ses analogues puissent être dangereux à très petite dose, aucun cas de surdose n'a été signalé chez les secouristes qui sont venus en aide à des victimes. De plus, on ne signale aucun cas de pairs, de travailleurs des SMU ou de membres du personnel hospitalier qui seraient devenus malades après avoir fourni des soins de base aux victimes de surdose. Il convient toutefois de prendre les précautions universelles habituelles.